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CHRETIEN ET CITOYEN
En 2012, nous serons appelés à choisir celles ou ceux qui nous représenteront à l’Assemblée Nationale, celle ou celui qui assumera la charge de Président de la République. Pendant les prochaines années, ils auront à prendre et à mettre en œuvre des décisions qui engageront notre avenir. Pour aider à la réflexion des catholiques (ou tout homme de bonne volonté), le Conseil Permanent de la Conférence des Evêques de France a produit un document intitulé : « Elections : un vote pour quelle société ? » Il se divise en treize éléments de discernement qui essaient de couvrir tous les problèmes se posant à notre société.
Sans surprise, les cosignataires s’élèvent contre tout ce qui porte atteinte (selon eux) au respect de la vie et à la dignité de la personne (euthanasie, avortement, recherche sur embryon, mariage homosexuel). Par contre, ils prônent « une écologie humaine » (selon Benoît XVI), une immigration régulée, mais accueillante. Ils souhaitent la prise en compte de l’avenir des jeunes et de leurs aspirations (en particulier dans les cités et les banlieues). Ils rappellent que l’économie comme la justice doivent être au service de l’homme. S’ils soutiennent la construction européenne, ils lui reprochent d’être une instance trop administrative et bureaucratique, éloignée encore du citoyen européen. Enfin, ils respectent le principe constitutionnel de la laïcité, mais souhaitent qu’elle reconnaisse aux religions le droit de s’exprimer.
Ils n’occultent pas la crise. Si elle touche la France, elle a cependant des ramifications mondiales. « Comme chrétiens, écrivent les évêques, nous ne pouvons qu’être confiants. Les crises que traversent nos sociétés humaines peuvent être l’occasion de renouveau et d’expériences qui réorientent notre avenir. »
Pour le citoyen électeur chrétien, l’application de ces recommandations, à travers son vote, n’est pas chose aisée. Prenons un cas de figure extrême. Un candidat présente un programme très progressiste dans le domaine de l’éthique qui prend le contre-pied de la recommandation des évêques. Mais, par contre, il suggère une politique sociale, soucieuse des plus démunis (hausse significative du SMIC, accès au logement pour tous, soins gratuits pour les salaires les plus bas, régularisation des sans papiers, politique d’accueil adaptée à chaque SDF…)
Pour l’électeur chrétien, à la lecture de ce programme, éthique et social s’entrechoquent. Quel choix va déterminer son vote ? Va-t-il se réfugier dans le bulletin blanc ou l’abstention, dans une fuite, diront certains, « à la Ponce-Pilate ».
Pour le Cardinal Vingt-Trois, l’option choisie peut être éclairée, bien sûr, par des références chrétiennes. Mais celles-ci ne peuvent assumer une légitimité exclusive. En clair, un programme peut être accepté par les chrétiens même s’il ne correspond pas entièrement à leurs convictions. En quelque sorte un vote « du moindre mal » ou selon l’expression du Cardinal « du meilleur possible ».
En 1972, dans le texte « Pour une pratique chrétienne de la politique » les évêques reconnaissaient le pluralisme des chrétiens en politique. Ils les libéraient ainsi d’une pression cléricale, pouvant aller à l’encontre de leurs convictions profondes.
Dans le Préambule du document : « Elections : un vote pour quelle société ? » ils recommandent : « Un vote ne peut pas être dicté par l’habitude, l’appartenance à une classe sociale ou, à la poursuite d’intérêt particulier ». Le citoyen, s’il est soucieux de l’intérêt général, doit accepter de renoncer à ses convictions, si elles sont trop exclusives et opposées au bien commun.
Beaucoup, aujourd’hui, déçus par des politiques qui ne répondent pas à leurs attentes ont la tentation de l’abstention ou d’un vote protestataire vers les extrêmes. Le suffrage universel a été une conquête trop précieuse pour la mise en place et la survie de la démocratie : il ne faut donc pas le mépriser.
« Dédaigner la chose publique, c’est se désolidariser de son prochain. » selon une formule (un peu adaptée) d’un journaliste, responsable « d’un Forum chrétien ».
Michel Couderc.
Article écrit par Michel COUDERC le 24-01-2012 (lu 69 fois) - 
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