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28 juin 2009
Le semeur
II y a 10 ans, nous célébrions en famille mes cinquante ans de sacerdoce ; mes neveux m'ont offert un grand tableau peint pour la circonstance par une artiste sévéragaise.
Dans ce tableau : d'un côté l'église où j'ai été baptisé, où j'ai suivi le catéchisme, où j'ai célébré une des premières messes. Au centre, un champ sur lequel un semeur répand sa semence à toute volée. En bordure de ce champ, sur une nappe, un pain et une bouteille de vin. On pourrait penser au casse-croûte du semeur. Il faut y voir plutôt le pain et le vin de l'eucharistie. Je ne sais pas qui a imaginé ce tableau, mais je comprends qu'il a voulu évoquer toute ma vie de prêtre.
Dans ce tableau quelqu'un est présent dans chacun de ses éléments, suggéré plus que figuré, c'est Jésus-Christ Jésus le Semeur de l'Evangile. Jésus, pain pour la vie, Jésus qui a rempli ma vie et lui a donné tout son sens. On m'avait bien parlé de Jésus durant mon enfance, mais c'est vers mes 18 ans que je l'ai particulièrement découvert, grâce à mon engagement dans la J.E.C, avec ses temps forts, retraites, réflexion, action. C'est alors que j'ai entrevu la possibilité de marcher à sa suite en me mettant au service des autres. Ma décision a été prise peu après et concrétisée par mon ordination sacerdotale en 1949.
Cette semaine je participais à une retraite. L'animateur de cette retraite, ancien évêque d'Amiens, avait pris comme thème : " Nous sommes tous appelés à engendrer ", autrement dit à être féconds. Engendrer c'est donner naissance à une personne libre. On engendre en donnant naissance à un enfant mais aussi en l'aidant à grandir, à s'épanouir, à devenir adulte, à devenir une personne libre. Alors une question qu'on se pose naturellement quand on avance en âge, concerne bien-la fécondité de sa vie.
J'ai écouté la parole de Jésus ; je l'écoute et la lis toujours. Je l'ai répétée à d'autres. J'ai commenté souvent les actes de Jésus ; j'ai ainsi semé le grain de sénevé. Certains à travers moi ont reçu l'Evangile et Ton vécu. Ils l'ont fait parfois mieux que je le faisais moi-même
Les souvenirs de ma vie de prêtre qui restent les plus vivants en moi, ce sont les paroles, les réflexions au cours des réunions d'Action Catholique jeunes ou adultes : (Equipes Enseignantes, ACO, AGI, CMR et autres) ; des hommes et des femmes qui apportaient bien simplement leur vie, ensemble la relisaient à la lumière de l'Evangile et décidaient d'agir en conformité.. Plusieurs fois je me suis senti provoqué par eux, appelé à prendre plus au sérieux la parole de Jésus-Christ, à parler et agir, à vivre en vérité.
C'est là que j'ai pris la conscience aiguë, que je n'étais pas seul à agir. D'autres l'ont fait avant moi, d'autres agissent avec moi, d'autres prendront la suite et chacun avec l'aide de Dieu. Me revient alors à l'esprit la parole de St Paul aux chrétiens de Corinthe qui se disputaient au sujet de ceux qui leur avaient annoncé l'Evangile : " Qu'est-ce que Apollos ? Qu'est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez été amenés à la foi. Moi, Paul, j'ai planté ; Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui fait croître. Celui qui plante n'est rien, celui qui arrose n'est rien ; Dieu seul compte, lui qui fait croître. " 1 Cor. 3, 5
Alors au cours de ces 60 années, ai-je bien tenu ma place dans cette chaîne des vivants ? Ma réponse ne peut être que modeste. J'ai voulu aider mes semblables à aimer la vie, leur vie, à aimer les autres. J'espère que le jour où je vais paraître devant Dieu, le jour de la moisson, Dieu ne sera pas trop regardant sur la qualité de la récolte et qu'il n'en retiendra que le bon grain.
Article écrit par Père Pierre DUMAS le 03-07-2009 (lu 452 fois) - 
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