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« Au petit matin, elles partirent l'embaumer.
Marchant prestement, elles parviennent au rocher.
Mais elles trouvèrent la tombe ouverte :
Brèche ouverte sur notre terre…»
L'AILE ENSANGLANTEE
Ils étaient des myriades et des myriades sous un filet tendu au-dessus de la terre…
Ils avaient tout ce qu'il fallait pour vivre: nourriture, arbres, soleil. Mais il leur manquait la liberté !
Mus par un instinct irrépressible, des dizaines, des centaines d'entre eux s'élançaient contre ce filet, s'y écorchaient les ailes et retombaient, pitoyables, sur la terre battue.
Travail de Sisyphe, jamais achevé, mais Espérance jamais brisée, chaque jour, et à chaque heure du jour, ils repartaient affronter de leurs ailes, la loi du destin : le soleil, et les espaces infinis au-delà du filet, et le vent et les nuages alimentaient leur rêve de liberté. Mais ils retombaient toujours, et leurs ailes ensanglantées maculaient la terre. L'histoire garde la mémoire de leur nom et les vénère encore.
Un jour, un jour comme les autres jours, l'un d'entre eux s'élança à son tour, frappa le filet, tomba à terre, repartit à l'assaut, retomba couvert de blessures, repartit encore, frappa les mêmes mailles du filet, retomba épuisé. Ceux qui s'étaient résignés à subir le destin se gaussaient de ses efforts inutiles et désespérés.
« Pour qui se prend-il, disaient-ils. Il n'est pas « fils du soleil » ; il n'est que « fils de la terre », et les fils de la terre restent à terre : c'est écrit !
N'a-t-il donc pas compris qu'il est vain de se révolter contre son sort ? Mais puisqu'il se dit « fils du ciel », donnons-lui un insigne digne de lui ».
Pendant qu'affalé à terre, il rassemblait ses dernières forces, de leurs becs experts en la matière, ils lui tressèrent une couronne qu'ils clouèrent sur sa tête.
Et ça les faisait rire tous ces résignés qui avaient démissionné de l'espérance !!!
Mais lui, avec l'obstination de ceux qui ne savent pas que l'impossible existe, partit encore et encore frapper ce filet.
Il lutta toute la nuit.
Quand l'aurore s'annonça, ô merveille ! Une, deux puis trois mailles enfin usées s'effilochèrent : une déchirure était faite! Il s'envola vers le soleil.
A ce moment, dans les arbres, ce fût un frémissement d'ailes, comme une houle profonde qui montait du sein de la terre. Des cris stridents jaillissaient de toute part : ils se mirent à crier leur joie. Ils s'élancèrent à la suite de l'oiseau ensanglanté que le soleil naissant paraît des couleurs du buisson ardent. Etait-ce l'oiseau de feu !
Le filet : personne n'a pu le décrocher, mais nous savons désormais qu'une brèche est ouverte.
Raoul BOYER
Article écrit par Père Boyer le 10-04-2004 (lu 856 fois) - 
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