|

SOUVENIR D’UNE EXPERIENCE
Nous avions campé dans le cirque de Loule, prés du lac d’Orédon à 1.800 mètres d’altitude, dans les Hautes Pyrénées. Le lendemain nous sommes partis avant le lever du soleil pour gravir le pic du Néouvielle (3.091 mètres). Dans la clarté bleutée nous avons longé les Laquettes, dépassé le lac d’Aubert, contourné le lac d’Aumar. L’eau cristalline et limpide au point d’être invisible, et que nulle ride ne faisait frissonner, nous donnait l’impression d’un immense vide au fond duquel se reflétaient comme l’envers de notre monde, les montagnes et leurs névés rosis par l’aurore naissante. C’était l’euphorie ! Nous avons continué… L’ascension est devenue nettement plus raide. Une heure plus tard nous étions sur le névé. Nous avons continué.
CHANGEMENT DE DECOR…
Brusquement, un brouillard épais nous a enveloppés. La visibilité était réduite à quelques mètres. En nous donnant la main les uns aux autres pour ne pas se perdre de vue, nous avons progressé. Mais certains avaient peur… trop peur. L’angoisse se lisait dans leur regard. Nous avons fait une pause, nous sommes restaurés. Connaissant cette montagne pour l’avoir gravie plus de dix fois, et ayant perçu une légère clarté à presque la verticale, je leur ai dit: «Courage. Je sais exactement où nous sommes. Nous allons obliquer vers la gauche pour sortir de sur le névé et gagner les rochers. Dans un quart d’heure nous sortirons de ce brouillard.» Ils ont fait confiance.
AU-DELA DU DOUTE ET DE LA PEUR
Parvenus à 3.000 mètres d’altitude, nous avons émergé. Le ciel était bleu roi, le soleil brillait, et à nos pieds, une immense mer de nuages d’où émergeaient quelques pics, tels des îlots fantomatiques. Toute l’équipe, ravie, était au comble de la joie, s’embrassant, fiers d’avoir surmonté les difficultés et les peurs, heureux de jouir d’un spectacle éblouissant de beauté.
Seuls, ils n’auraient pas pu faire cette ascension et jouir d’une telle beauté. Il fallait un ‘passeur’.
TANT DE ‘PASSAGES’ A FRANCHIR…Toute personne, dans sa vie, est emmenée à traverser des ‘passages’délicats, difficiles, périlleux même; d’où l’importance d’un ‘passeur’ qui sait comment surmonter les difficultés, assure et rassure ceux qui se sont fiés à lui.
*L’enfant entre en école tout petit encore. Il en sortira bien plus tard et bien plus grand, muni d’un savoir et de diplômes qui sont autant de ‘laisser passer’ pour la vie. Ses enseignants et professeurs ont été pour lui, des ‘passeurs’.
*Chacun de nous a reçu une éducation: éducation morale qui nous permet de bien vivre avec nous-mêmes et en société; éducation religieuse qui nous permet de bien vivre avec nous-mêmes, avec Dieu et donne ‘sens’ à notre vie. Nos éducateurs ont été des ‘passeurs’.
*Chaque jour, de par le monde, des milliers d’hommes et de femmes, fuyant leurs conditions misérables pour atteindre un pays rêvé, doivent franchir des frontières et font appel à des passeurs.
Entre deux passages… Tous ces ‘passages’ sont encadrés par deux ‘passages’ majeurs.
*Notre naissance en est un, le premier. Pour nous, ce jour-là, la sage-femme ou le médecin accoucheur ont été notre ‘passeur’. Cela s’est assez bien passé puisque nous sommes là !!
*Notre mort sera notre l’ultime ‘passage’… mais où est le ‘passeur’ ?
PASSEUR DE L’IMPOSSIBLE
Jésus, je ne vais pas parler de toi, mais parler avec toi. Avec les angoisses et les souffrances de ta Passion tu es entré dans ce passage. Pour montrer que tu y es entré, tu as été mis au tombeau, tu y es resté trois jours. Pour montrer que tu l’avais traversé, tu t’es montré à tes amis: Ils n’en croyaient pas leurs yeux: comment imaginer l’invisible? Le tombeau vide certifiait qu’ils n’étaient pas victimes d’une illusion. Comme un vrai ‘passeur’ tu as toi-même expérimenté ce passage.
Toi Jésus, ‘passeur’ de l’impossible, depuis notre Baptême nous sommes tes frères. Par toi, la mort n’est plus une impasse. A tes frères tu tends la main pour qu’à leur tour, ils le franchissent.
«Toi Jésus-Christ, tu nous tends la main, Toi Jésus-Christ marche auprès de nous», chantons-nous.
Me vient en mémoire, Jésus, que le mot ‘Pâques’ dans ta langue maternelle, signifie ‘Passage’.
‘PASSEUR’ DE L’IMPOSSIBLE REVE, TA PAQUE A PREPARE LA NOTRE, MERCI JESUS.
Article écrit par Raoul Boyer le 05-04-2007 (lu 62 fois) - 
|