|
Je suis un chrétien « d ‘en bas »…
Je suis le chrétien d’en bas, celui qui n’ose pas lever les yeux vers les cieux, là, où, naïvement, j’imagine que tu te trouves. Je suis celui qui ne sait pas trop fléchir le genou pour te demander pardon ou lever les mains pour proclamer le « Notre Père ». Je reste, à peu près, assidu à ton rendez-vous du dimanche. Mon voisin prétend que je vais te voir par habitude. En tous cas, moi, je trouve que c’est une « bonne habitude », car, elle a le goût de la fidélité. Par contre, je ne m’avance pas trop près du chœur. Je préfère rester dans les bancs du milieu, non par humilité de publicain, mais plus par respect humain ou peut-être par timidité. Au moment de la communion, je me joins, un peu machinalement à la procession qui se forme. Si je restais tout seul, assis à ma place, j’aurais trop honte du regard des autres. Pourtant, quand je vais recevoir ton Corps, je reconnais que mon « habit de noces » manque souvent de netteté : il aurait bien besoin de passer au pressing de la réconciliation.
Je suis le chrétien d’en bas, celui qui n’ose pas trop s’adresser à toi. Il m’arrive, cependant, d’avoir besoin, malgré tout, de te parler. Je commence, alors, un long monologue où se mêlent des demandes à exaucer, un peu de louange, quelques regrets et un brin de reproche. J’attends rarement ta réponse. Je craindrais trop d’entendre des : « Viens et suis-moi, Fais ma volonté, Convertis-toi… » Il m’arrive aussi de faire le point fixe dans ma vie, d’en rechercher le bien et le mal, comme la cuisinière, dans son plat, trie les fèves des charançons. Je m’arrête bien vite car, il y a plus de charançons que de fèves. Découragé, je compte lâchement sur ta miséricorde, toi, qu’on dit « si bon ». Quand la charité me sait signe, je suis toujours prêt à être généreux : le temps passe, et, lorsque je me décide, mon chèque s’émousse à l’aune de ma négligence. Je voudrais aussi m’engager dans l’église : je vois bien qu’il y a des besoins. Quand je suis décidé, aussitôt, je dresse la barrière de l’excuse de mon manque de compétences ou de savoir-faire. En fait, je redoute trop qu’on empiète sur mon temps libre. Parfois, la médiocrité de mon existence me pèse : je prends des résolutions pour en changer. Pour me guider, je choisis des modèles à imiter, non pas parmi les grands témoins de l’amour (d’avance, je serais distancé…) mais parmi les gens ordinaires, vivant près de moi. Malheureusement, ma bonne volonté manque vite de souffle et je constate, déçu, que la persévérance me fait cruellement défaut. Peut-être, je crois trop en mes propres forces… ? Il m’arrive aussi de ronchonner contre l’église : je le fais dans mon coin, à voix basse, car j’ai bien conscience de ne pas être le disciple le plus qualifié pour récriminer. Il y a, quand même, un aspect de ma vie où je ne triche pas avec la vérité. C’est quand je vois tant de gens qui passent devant ton église, sans y entrer, indifférents ou hostiles. Les portes, sans doute, ne sont-elles pas assez grandes ouvertes…. ? Je souffre, à ce moment-là, de voir que tu n’es pas aimé. Je mesure soudain combien tu prends de place dans ma vie, combien, finalement, tu me manquerais, si je ne t’avais pas….
Je suis le chrétien d’en bas, celui qui n’ose pas lever son regard vers Toi, mais, qui espère bien fort que tu ne le quittes pas des yeux….
M. COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 26-10-2011 (lu 128 fois) - 
|