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L’aubergiste et le bon samaritain
Dans la parabole du Bon Samaritain, notre attention est retenue, tout d’abord, par les deux premiers personnages, identifiés comme acteurs du culte hébraïque, ignorant l’homme blessé, gisant sur le bas-côté. Le samaritain (peuple honni par les juifs de Judée qui leur reprochait de mêler des pratiques païennes à la loi de Moïse) va s’acquitter du devoir de charité vis à vis d’un prochain qui ne lui est rien, mais se trouve dans la difficulté.
Si nous allons jusqu’au bout de la parabole, nous voyons qu’il confie l’homme meurtri à un hôtelier, lui recommandant de prendre soin de lui contre deux pièces d’argent. Il lui promet, par ailleurs, à son retour de compléter la somme si les soins du blessé l’exigeaient. Puis, il continue sa route pour s’occuper, du moins on le suppose, de ses propres affaires.
A travers cette parabole l’enseignement de Jésus, quant à l’amour du prochain ne laisse aucune ambigüité.
Pourtant, le samaritain allant jusqu’à un don total d’amour n’aurait-il pas dû faire le sacrifice de son voyage et de ses intérêts pour se consacrer entièrement à l’homme blessé ? Certes, il le confie à l’aubergiste, à charge pour lui de poursuivre l’acte de générosité commencé par le voyageur. Celui-ci peut y répondre de deux manières : soit s’occuper du blessé pour la valeur des deux pièces reçues (en supposant qu’il le fasse avec sérieux) soit aller plus loin dans le réconfort qu’il pourra lui apporter, sans tenir compte de l’argent donné.
Ainsi le samaritain, malgré sa richesse, entre dans une attitude de dépendance envers l’aubergiste. L’aide qu’il est obligé de solliciter d’un tiers, le rendant quémandeur, le renvoie, en quelque sorte, à une certaine pauvreté humaine.
Qu’il donne la priorité à son commerce, pourrait sembler choquant, après son premier élan de solidarité. Il peut donner l’impression de laisser l’homme malade au milieu du gué. Cependant, le premier devoir d’un responsable politique ou économique, et, à plus forte raison d’un chef de famille est de prendre soin de ceux qui lui sont confiés. Que dirait-on, en effet, d’un homme ou d’une femme qui, sous prétexte de pratiquer la charité envers les plus démunis, laisserait les siens à l’abandon ?
Le pauvre est celui qui est dépendant de l’autre. Le pauvre est aussi celui dont on méconnaît les mérites ou dont on pille les talents dont parle l’Evangile.
Nous identifions souvent la pauvreté au frère de la route, tendant la main à une sortie de messe ou, d’une manière plus large, à tous ceux pour lesquels nous sollicitent les associations caritatives. Où sont alors les pauvres dans notre quotidien ? Doit-on attendre de voir, sous un porche, un mendiant pour déclencher en nous un réflexe de charité, comme salivait le chien de Pavlov en attendant la sonnerie ? Faut-il nous reposer « sur les professionnels de la charité » qu’on soutient, peut-être, avec l’argent de nos tirelires ? Nous devons alors relire les Béatitudes, pour nous apercevoir, qu’à un moment ou à un autre, nous rencontrons « la bienheureuse pauvreté ».
Dans son livre « La maison des autres » Bernard Clavel met en scène un chef pâtissier. Chaque année, à la période des fêtes, il réalise une œuvre en chocolat qu’on expose dans la vitrine du magasin. Or, son patron, juste capable de faire cuire un œuf, s’approprie le travail de l’employé. Il parade, se pavane devant les clients, reçoit, sans honte, leurs compliments. Pire que d’avoir volé son salaire, il réduit à rien la dignité de son chef pâtissier. Où est le pauvre ?
De même, un entraîneur de foot, au moment même où son équipe est malmenée, ose faire entrer, sur le terrain, son joueur le plus médiocre. Il sait qu’il est gauche et maladroit. Il n’apportera rien de plus à ses camarades, mais il vient régulièrement aux entrainements, il connaît ses limites, il sait rester modeste. Connaissant la passion démesurée de certains supporters, on peut imaginer que cet entraineur sera vilipendé voire maudit, en cas de défaite, pour avoir voulu valoriser ce joueur.
Samuel Rouvillois, prêtre de la Communauté de Saint Jean, spécialiste des questions d’éthique du management, constatait, dans une interview : « A qui peut-on demander de vivre la charité ? La charité, c’est aller vers les fractures de l’humanité. Cela demande un don inconditionnel de soi qui relève du divin. La charité absolue est pour les grands mystiques. Pour les autres, il y a la bienveillance et la bonté. »
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 30-03-2011 (lu 342 fois) - 
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