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Le vieil homme pleurait…………
Le vieil homme pleurait. Il tenait à deux mains son lourd bâton de marche contre lequel il appuyait son front. Assis sur une sorte de borne, près d’un chemin poussiéreux, il était seul, au milieu d’un paysage désolé de vagues moutonnements de sable et de pierrailles. Sans un point de verdure. Des horizons plats limitaient le regard. Un ciel d’un bleu de métal poli semblait posé là comme un couvercle. Le soleil ardent brûlait d’une chaleur de fournaise.
Le vieil homme pleurait. Chacune de ses larmes mordait ses joues comme une goutte d’acide.
Le vieil homme pleurait sur le mal qu’il avait fait et sur le bien qu’il n’avait pas fait. Si, par hasard, surgissaient, dans ses souvenirs, quelques gestes de bonté, il les jugeait aussi insignifiants que quatre ou cinq têtes de récifs, émergeant d’une vaste étendue d’océan.
Le vieil homme pleurait sur ses richesses. Elles s’étendaient à ses pieds comme un tapis de cendres, gris et déprimant. Elles lui avaient apporté un peu de plaisir sans lendemain, l’illusion du pouvoir et de la liberté. Mais, il savait, que là où il allait, elles lui seraient inutiles. Elles ne fertiliseraient même pas la terre qu’elles recouvraient.
Le vieil homme pleurait sur ses enfants qui avaient oublié les promesses de leur baptême. Ils faisaient certainement preuve de générosité et de solidarité. Mais Dieu leur était indifférent. Ils ne le reconnaissaient pas dans leurs vies. Ils comptaient uniquement sur leurs propres forces.
Le vieil homme pleurait sur les hommes. Par leurs envies, leurs méchancetés, leur égoïsme, ils avaient, peu à peu, déchiqueté le pavillon de la paix et de la fraternité. Ces lambeaux flottaient, maintenant, tel un signal désespéré sur un radeau à la dérive.
Le vieil homme pleurait sur les descendants des enfants d’Israël qui ne levaient plus les yeux vers les cieux, pour rechercher l’arc en ciel, signe de l’Alliance.
Le vieil homme pleurait sur la terre et ses habitants qui en gaspillaient les ressources nourricières. En souriant amèrement, il voyait bien qu’elle se vengeait, de temps à autre. Elle soulevait violemment les eaux de ses mers, mettait des tempêtes dans les airs, faisait trembler son sol, crachait, du fond de ses entrailles, lave et cendres. Elle imposait ainsi sa puissance aux hommes, mais ils oubliaient vite.
Le vieil homme pleurait sur le Dieu de la Genèse. Son chagrin rejoignait, sans doute, le sien. Qu’avait fait ses enfants de sa création, ce don d’un amour inestimable et mystérieux.
Le vieil homme pleurait. Ses larmes, en coulant, avaient, petit à petit, imprégné la terre. Cà et là, une herbe, fragile et douce, comme un duvet d’oiseau, se levait.
Soudain apparurent deux enfants. Ils étaient pareils à ces angelots que l’on peut voir dans certaines églises baroques. Les joues roses, les lèvres pleines, le regard pétillant, les cheveux bouclés. Ils prirent, chacun une main du vieillard, et, s’avancèrent sur le chemin. Alors, de toutes parts, s’épanouirent herbes, fleurs, arbustes, arbres et des centaines de plantes colorées et odorantes. Sous leurs pas poussait un gazon épais et moelleux comme un lit de mousse. Le ciel s’était ouvert sur un bleu apaisant et le soleil n’était que caresse. A l’oreille du vieillard, maintenant radieux, une voix murmura : « Ne désespère jamais de l’espérance…. »
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 29-01-2011 (lu 266 fois) - 
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