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ROM, UN FRERE MALGRE TOUT.
« Les nations bien pourvues sont tenues d’accueillir, autant que faire se peut, l’étranger en quête de sécurité et de ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. » « L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. » Le temps passant, peut-on parler avec sérénité de la polémique qui a marqué l’été à propos des Roms. Les deux citations, ci-dessus, sont extraites du Catéchisme de l’Eglise Catholique (N° 2241) ; Dans cette controverse, on a en effet beaucoup parlé de droits, et, très peu de devoirs. Or, faire croire à un homme en difficulté qu’il n’a que des droits, en omettant de lui préciser qu’il doit se soumettre à des devoirs, c’est tronquer une partie de sa personnalité. C’est aussi lui donner l’illusion d’une protection trompeuse et le maintenir dans un état d’infantilisme moral qui l’empêchera de grandir.
S’appuyant sur la loi, les autorités ont donc décidé de sanctionner (d’une manière souvent rugueuse) la communauté Rom, l’estimant dans l’illégalité. Aussitôt, les associations ont protesté. Mais, c’est surtout l’Eglise, par la voix d’évêques (un peu désordonnée et parfois excessive) qui a dénoncé une atteinte à la dignité humaine. Dans un état de droit laïc, toute institution même confessionnelle, peut se faire entendre lorsqu’elle estime qu’on blesse une partie d’humanité. Peut-on alors reprocher à un gouvernement de « gouverner ». Le philosophe Robert Aron disait : « Avant de critiquer un gouvernement, posons-nous la question : que ferions-nous à sa place ? » A quoi s’empresse de préciser Benoit XVI : « L ‘ Eglise n’a pas à se substituer au pouvoir politique, mais, par sa réflexion, elle peut l’aider à purifier ses décisions dans le sens de l’équité. » Depuis, il y a eu tentative de dialogue. Si les problèmes n’ont pas été résolus, ils sont du moins posés. On pourrait tourner les talons et passer à d’autres préoccupations. Cependant un malaise demeure. Charles Péguy écrivait : « Il y a pire qu’une mauvaise pensée, c’est une pensée toute faite. » Dépassant nos a priori, ne faudrait-il pas pousser la réflexion plus loin ?
En infraction, selon la loi, les Roms ont donc été punis. Ne faut-il pas alors se demander si d’autres individus ou groupes d’individus, qui bafouent les lois ne devraient pas en subir le juste châtiment, d’une manière aussi spectaculaire. N’y a t-il pas eu, de la part des autorités le désir de séduire un peu facilement, une tranche de la population, excédée par les incivilités estivales. Gardien de la loi, ne doit-on pas faire appliquer celle qu’on promeut : à savoir, contraindre, les communes de plus de 5000 habitants d’avoir une aire d’accueil pour les nomadisants. L’opposition, récupérant des propos de Benoît XVI a manifesté son indignation. Etait-elle sincère ou une simple posture pour faire pendant à l’arbitraire gouvernemental ? Citoyens européens, les Roms ont la liberté de circulation, mais faut-il leur rappeler, comme l’ont fait certains maires, la nécessité de respecter la législation française.
Une précision encore. Lors de l’entrée dans l’Europe, les pays de l’Est (Bulgarie, Hongrie, Roumanie) ayant sur leur sol de fortes communautés Tsiganes ou Roms ont reçu de l’Union Européenne de fortes subventions pour la promotion de ces communautés. Or 80% de ces sommes (en particulier en Roumanie) ont été dilapidées dans des actes de corruption.
Un journaliste, chrétien engagé, dénonçait le fait que 55% de pratiquants (selon un sondage) approuvaient la reconduite aux frontières. Il s’indignait de l’inéquation entre la foi et ce manque de charité. Dans l’absolu, peut-on lui donner tort ? Pourtant est-ce si simple ? Le chrétien citoyen, « Rendant à César ce qui appartient à César » va soutenir la loi quand elle punit la délinquance, maintient l’ordre, assure la sécurité. Mais le chrétien, humble disciple du Christ ne peut faire l’économie de la compassion, ni en borner les limites. Imposer, cependant, la radicalité des droits sans l’obligation des devoirs risque de fausser le jugement et troubler les consciences. Paralysé par la peur de trahir l’Evangile, le chrétien va accepter toutes les pauvretés dans leur globalité, sans essayer d’en corriger les causes ou d’en voir les éventuels abus. Désemparé par des exigences qui souvent l’écrasent, il va peu à peu renoncer douloureusement à ce qu’il est, à son histoire et se laisser dépouiller jusqu’à devenir, lui-même un pauvre. C’est une autre souffrance que l’Eglise devrait prendre en compte.
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 28-10-2010 (lu 389 fois) - 
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