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Les soldats de Dieu
Au mois de mai 2010, s'est tenu à Lourdes le 52ème Pèlerinage Militaire International. Pendant ces journées, des treillis bariolés ou des uniformes, dans toutes les nuances de vert, de bleu, de sable, ont sillonné la cité de Bernadette. C'était vraiment le matin de Pentecôte tant les langues étaient diverses : ce qui n'empêchait pas d'ailleurs l'échange et la fraternisation. L'armée française était, bien sûr, la plus représentée : béret rouge des Paras, képi blanc des Légionnaires, képi gris de Saint Maixent, bicorne de Polytechnique, casoar de Saint Cyr, pompon rouge des Marins, large béret blanc des Chasseurs alpins, béret noir de l'Infanterie, polo bleu clair de la Gendarmerie, casque étincelant des Marins pompiers. Quarante nations étaient présentes. On pouvait identifier les carabiniers italiens à leur petite giberne blanche pendant sur les reins, des Allemands, des Hollandais, des Suisses, des Portugais en béret marron, des Polonais avec leur casquette de forme presque hexagonale, des Suédois, de nombreux Irlandais, des Britanniques, des gardes civils Espagnols et leur drôle de coiffure en carton noir bouilli et verni. Il y avait des pays dont les délégations étaient symboliques : quelques gendarmes malgaches, dix Ivoiriens (avec un aumônier sérieux et chamarré comme un amiral d'opérette), des Australiens en chapeau de brousse, des Sud-Coréens et même six Gardes suisses du Vatican en habit à bandes verticales bleu et ocre, casque renaissance et pantalon bouffant. Les Croates étaient aussi venus en nombre. Comme certains portaient un chapelet avec dix " Ave ", passé dans leur épaulette, nous avons demandé dans un anglais approximatif quelle en était la signification. Dans un anglais aussi maladroit, un soldat nous a expliqué que, lors des conflits des Balkans, ce chapelet représentait une protection contre leur adversaire serbe. Depuis, ils le portaient en témoignage. Nous avons aussi ramené une image émouvante et sympathique. Lors de la procession du Saint Sacrement, alors que le cortège se mettait en place sur la prairie, sont arrivés les mousses de l'Ecole Navale de Brest. Une soixantaine de garçons et de filles de 15, 16 ans, bien alignés, bras balancés, pas cadencé et décidé, chantaient à pleine voix le " Chez nous soyez Reine.. " A la fin, ils s'immobilisèrent, firent un grand signe de croix et se tournèrent, en souriant, vers leur aumônier. Le lendemain, toujours en défilant, ils traversèrent les rues autour du sanctuaire en chantant cette fois le " Glory, Alléluia ".
Le dimanche, pour la messe internationale, on a beau partir à l'avance, on arrive toujours en retard. La nef était pleine à ras bord. Dans ce bateau immense, les passagers étaient prêts pour le grand large. De mémoire de pèlerin, nous n'avions jamais vu les déambulatoires aussi pleins. Il n'était pas question de s'asseoir, mais de trouver un pan de mur pour s'appuyer, et surtout d'y voir. La célébration a été empreinte d'une gravité toute militaire, dans les chants, la liturgie, les témoignages. Monseigneur Ravel, Vicaire aux armées a souligné dans son homélie que le soldat était avant tout " un homme de paix ". Il devait la défendre partout où elle était menacée, et, au besoin, par la force.
On ne pouvait pas demander à une telle foule d'agir dans le même mouvement. Si certains étaient plongés dans une méditation profonde, d'autres semblaient plus dispersés. C'était la même foule que celle du Sermon sur la Montagne. Pendant que beaucoup écoutaient avec attention Jésus, d'autres devaient être accablés de fatigue, tracassés par la faim ou peut-être ne comprenaient pas très bien ce que disait Jésus. Mais ils étaient là ....
Il fut un temps où des esprits, qui se voulaient éclairés, regardaient Lourdes avec condescendance. Ils faisaient une moue dubitative, devant ces " palpeurs " du rocher de la grotte, ces avides buveurs d'eau, ces superstitieux brûleurs de cierges, ces touristes et leur barda photographique. Les boutiques étaient celles des marchands du temple. Ils en oubliaient, un peu vite, la grande ferveur et cette fraternité incomparable entre malades et bien-portants. A Lourdes, on respire sa foi au même rythme que son frère de l'au-delà des mers ou d'un autre continent. On contemple un visage d'église dans sa diversité et dans son universalité. Et le soir, quand des milliers de lumières font reculer les ténèbres, elles sont signes d'espérance. Surtout, quand elles sont brandies par les " Soldats de Dieu ".
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 29-08-2010 (lu 517 fois) - 
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