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LE CREDO DE JEREMIE
Jérémie parlait à Dieu : " Dieu ! je crois en Toi. D'ailleurs si je retourne ma vie, j'ai toujours cru en Toi. Bien sûr, il y a eu des heures creuses... Des moments où ton amitié trop pesante semblait me priver de liberté. Alors, je quittais la route que tu m'avais tracée et j'allais me perdre dans des terres inconnues, nouvelles mais séduisantes. Je ne voulais pas spécialement faire le mal mais, je voulais m'affranchir des règles trop contraignantes du bien.
Je dois dire que je garde de ces escapades des souvenirs pas forcément désagréables même s'ils sont un peu troubles. Il est vrai que certaines, m'ont laissé malheureux et mécontent de moi. En fait, ce qui me gênait, c'était lorsque je regardais par dessus mon épaule de te voir derrière moi, songeur et attristé. Ca m'agaçait car je ne voulais pas te blesser. Pourtant, j'aurais du savoir que tu ne supportais pas la plus petite tache sombre sur un tissu immaculé. Tu avais horreur de la souillure du mal. Je comprenais alors qu'il fallait que je te demande pardon. Je devais d'abord remettre de l'ordre dans ma conscience et, surtout, faire plier mon orgueil. Quand j'avais préparé ce que je voulais te dire, un reste de respect humain m'empêchait de prononcer un mot. Mais, si je levais les yeux, tu étais devant moi et tu souriais. Avant que je n'ouvre la bouche, tu m'avais déjà pardonné.
A cette époque, je trouvais qu'il n'était pas simple de t'approcher. Quelques uns de tes pasteurs laissaient tomber des condamnations aussi mornes que le noir de leur habit. L'accès de ton paradis me semblait interdit . Je voyais déjà les flammes de l'enfer me lécher la plante des pieds, et un diable cornu me caresser le ventre de son trident comme la cuisinière pique de sa fourchette la cuisse d'un chapon pour estimer sa cuisson. Heureusement, en grandissant, j'ai découvert la richesse de la confiance. Même si parfois elle est fragile comme du fil à coudre, l'espérance me fait vivre. J'essaie de suivre l'itinéraire fléché que ton amour me propose. Je prends encore, parfois, des chemins de traverse. Le sac que je porte sur le dos se remplit alors de mes faiblesses et de mes erreurs. Pourtant, tant que mes jambes me portent, je vais le plus loin possible. Quand les crampes trop douloureuses paralysent bientôt mes mollets, je m'arrête au bord du chemin et je dépose mon sac. Nous le vidons ensemble. Puis, je repars les épaules plus légères du fardeau abandonné.
Dans mon quartier, on m'appelle Jérémie. Les gens disent qu'il coule de mes yeux plus de larmes que d'eau de la fontaine de la place. Je le reconnais, je pleure facilement. Je pleure sur tout ce qui est beau dans le monde et sur tout ce qui le défigure. Sur mes joues, certaines larmes ont la douceur de pétales de roses, d'autres, au contraire, m'enflamment la peau. Pleurer, c'est ma manière de te parler. J'espère simplement que je ne t'ennuie pas trop et que tu prêtes un peu d'attention à mes pleurs. Souvent, je me souviens que tu as pleuré devant le tombeau de Lazare et surtout la nuit de Gethsémani. .... Alors............ "
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 26-06-2010 (lu 389 fois) - 
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