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LE RIRE DE SARA
" Dans un an, tu auras un fils ! " Abraham releva vivement ses paupières plissées par l'âge, regarda l'étranger et il le crut. Derrière la toile de tente, tissée en poils de chèvre, Sara eut un rire bref, comme un sanglot. De qui se moquait l'étranger ? N'avait-il pas vu son corps que la vieillesse fanait ? Quel nourrisson pourrait s'allaiter à cette poitrine qui se desséchait ? Ah ! Si elle était encore la jeune et belle Sara que, jadis, Abraham, par crainte du pharaon, avait fait passer pour sa sœur. Comme elle avait souffert, depuis, de ne pouvoir lui donner un fils ! Ravalant son orgueil et sa réticence, elle avait même poussé son époux à s'unir à sa servante Agar, l'égyptienne. Ismaël était né. Mais que d'humiliations, Sara avait dû subir de l'arrogante servante dont le ventre s'épanouissait...
Pourtant, un an plus tard, dans le berceau de son bras reposait la tête du petit Isaac. Elle poussait la bouche minuscule, vers son sein rajeuni par la maternité. Isaac, celui qui rit, le premier maillon de la longue descendance promise par Yahvé à Abraham.
Anne, guidant devant elle le petit Samuel, s'inclina devant le prêtre Eli : " J'étais venue supplier le Très-Haut de mettre un terme à ma stérilité. Il m'a exaucée. Celui qu'il m'a donné par amour, je le lui rends par amour. La lame du rasoir ne touchera pas les cheveux de l'enfant. Sa vie sera consacrée à Celui qui lui en a fait le don ". Samuel, obtenu de Dieu, allait, sur ordre du Seigneur, oindre le rejeton de Jessé, David, le roi charnière dans l'histoire du peuple de l'alliance.
Zacharie et Elisabeth souriaient au petit Jean. A leurs cheveux gris et à leurs mains ridées, on aurait pu croire qu'ils regardaient leur petit-fils. Mais c'était bien leur enfant, le futur Baptiste. Implacable et tonnant, il allait de sa voix convaincante pousser dans les eaux du Jourdain des milliers de juifs pour recevoir le baptême et se convertir. Il préparait ainsi le chemin pour son cousin Jésus.
Sara, Anne, Elisabeth. Ces trois femmes ont abordé les rivages de la vieillesse. Elles se lamentent sur leur vie inutile parce qu'elles n'avaient pas enfanté. Alors, Dieu, de ce qui semblait perdu, va faire jaillir non seulement la vie, mais il va leur donner des fils à la destinée exceptionnelle. Chacun, ils vont entrer dans le projet de Dieu pour faire avancer le peuple choisi. Mystérieusement, comme en contre point, l'Esprit va féconder Marie en respectant l'intégralité de son corps. En son sein, Dieu va unir humanité et divinité, sanctifiant l'une, faisant l'offrande de l'autre.
Dans une société qui se veut sans limite de liberté, la virginité surprend, quand elle ne fait pas objet de plaisanterie de cour de caserne. Pourtant ne devrait-on pas s'interroger sur le sens que donnent ces femmes, au choix de vivre par amour dans la chasteté. Ce message peut-il être entendu aujourd'hui ? Les circonstances de la vie ont empêché certaines femmes d'être mères, malgré leur profond désir. Sans ajouter à leur chagrin, il ne faut pas quelles gardent leur peine, serrée au creux de leurs mains comme un mouchoir trempé de larmes, mais qu'elles la confient au grand vent : il la fécondera en milliers de fleurs.
Michel COUDERC
Remarques :
* Le mot "chasteté", a pour équivalence aujourd'hui "abstinence, continence sexuelle". Or dans la Bible, cette notion indique le respect mutuel dans l'amour de l'un envers l'autre (dimension plus affective).
* Références : Sara (Genèse 18-1,15) ; Anne (1 Samuel 1-1,28) ; Elisabeth (Luc 1- 5,64)
Article écrit par Michel COUDERC le 30-05-2010 (lu 416 fois) - 
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