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JE NE TE CONDAMNE PAS...
Dans le block numéro 7 du camp de concentration, assis autour d'une table mal équarrie, cinq ou six prêtres, en pyjama rayé bleu et blanc de déportés discutaient âprement. L'un d'eux, revenant d'une corvée, avait longé le block A, ceinturé de barbelés. Tout le monde savait que ce baraquement logeait " des pensionnaires " qui servaient au plaisir des SS. Une femme, au risque de se blesser, avait passé la main entre les fils de fer. Dans un français rugueux, elle avait demandé au prêtre de l'entendre en confession. Décontenancé, il avait vaguement hoché la tête et poursuivi son chemin. Depuis une heure, essayant de rassembler les souvenirs de leur cours de théologie, les ecclésiastiques se demandaient quelle suite donner à cette étrange rencontre. Il leur semblait évident qu'on ne pouvait pas absoudre quelqu'un qui, inévitablement, allait retomber dans son erreur. Il se sentait à la fois malheureux et circonspect face à cette démarche inattendue... La porte du block s'ouvrit en grinçant. Celui qu'ils appelaient " le doyen " parce qu'il était le plus âgé, entra. Il était aussi maigre et épuisé que ses compagnons. Il s'avança vers la table : " Alors, vous avez fini vos palabres ! Je viens de donner l'absolution à cette femme : bonne mère de famille, bonne chrétienne, c'est une française d'origine polonaise. J'ajoute qu'elle est contrainte d'être là où elle est et de faire ce qu'elle y fait " puis, leur tournant le dos, il alla s'étendre sur son châlit.
L'homme tenait entre ses mains moites, la main de son épouse assis à son chevet. Il respirait fort. La sueur brillait à son front et autour de sa bouche. Il répéta : " Non ! Tu n'y arriveras pas ". Ils savaient tous les deux qu'il n'avait plus que quelques mois à vivre. Ils venaient d'apprendre qu'ils attendaient leur quatrième enfant. Non tu n'y arriveras pas ! Il déglutit douloureusement et murmura : " Il faut que tu te fasses avorter ". Le mot les fit tressaillir tous les deux. L'homme plissa durement les paupières, mais se furent les yeux de sa femme qui se remplirent de larmes. Ce sont les mêmes larmes qui coulaient un an plus tard devant le prêtre à qui elle se confiait : " Certains jours, je prends plusieurs douches tant j'ai l'impression d'être couverte de sang... "
La mort désirée de Chantal Sébire m'a remis en mémoire ces deux histoires authentiques. Ces deux femmes ont transgressé, du moins dans la forme et malgré elles, les lois de Dieu et de l'église. Ces deux détresses, à travers la parole d'un prêtre confessant, ont pu approcher la miséricorde du Père. La mort de Chantal Sébire a soulevé, comme dans tous ces cas similaires, la polémique et provoqué les remous médiatiques opposant comme l'a dit le philosophe Paul Ricot, les partisans " du faire mourir et ceux du laisser mourir ". L'église, par la voix en particulier du Cardinal Vingt-Trois a rappelé son attachement intangible à la défense de la vie de l'homme depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Dans une société, on pourrait même dire une civilisation qui veut étendre à l'extrême le champ des libertés il est bien que des croyants rappellent que la liberté a ses limites au-delà desquelles l'homme risque d'être défiguré dans son mystère de " créé ". Et pourtant, Chantal Sébire, le visage tuméfié par la maladie, est restée avec sa souffrance. Sans qu'elle ne le sache peut-être, le Christ est venu s'étendre à côté d'elle sur sa croix de douleur. Sans qu'elle ne le sache peut-être, il a partagé jusqu'au bout sa lutte contre le découragement. Sans qu'elle ne le sache peut-être, il l'a attendue sur l'autre rive où il nous attend tous...
Benoît XVI a redit avec fermeté que toute tentative pour abréger volontairement la vie offensait gravement l'amour de Dieu mais il a ajouté que cet acte de mort faisait et laissait des victimes.
Alors, il faut que notre église, avec encore plus de compassion, murmure à leur oreille : " Je souffre de ta souffrance, je souffre de ne pouvoir transgresser la loi de l'amour infini de Dieu, mais je te comprends. Va ! Je ne te condamne pas. .. "
Michel COUDERC
Extraits du discours d'ouverture de la Conférence des Evêques de France du Cardinal André Vingt Trois : " Une société pour la vie " le 1er avril 2008 :
" Nous voulons dire notre estime et notre admiration pour les hommes et les femmes qui assument leur vie avec courage et discrétion... La dignité humaine est vraiment à promouvoir, mais cette promotion ne peut pas passer par le déni de la valeur de chaque existence humaine quels que soient ses handicaps ! Une société pour la vie est une société qui aide ses membres à vivre jusqu'au bout leur vie... "
Article écrit par Michel COUDERC le 25-04-2008 (lu 30 fois) - 
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