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Le petit peuple de Dieu
On l'accable de chiffres, on lui montre la courbe inquiétante des statistiques, on l'alarme, on le harcèle, on lui crie dans les oreilles : le bateau où il est embarqué suinte l'eau de toutes parts. Placidement , il rétorque : " On verra bien ! " Dans sa réponse, il n'y a ni arrogance ni indifférence. Peut-être, un peu d'angoisse. Comme il y en a au temps d'un bouleversement. Il vit dans la confiance que le moment venu, il sait qu'il fera face, qu'il s'adaptera. Il laisse s'agiter ceux d'en haut. Lui, il a les yeux obstinément fixés sur l'espérance...
Il se désole, bien sûr, de voir que ses enfants ne suivent pas les mêmes rites que lui. Il guette dans les valeurs qu'ils revendiquent les pousses qu'il a jadis semées. Surtout, il continue à les aimer. Il voit bien que ses pasteurs s'épuisent, vieillissent, sont de moins en moins nombreux. Alors, discrètement, sans faire de bruit, il devient aumônier d'hôpital ou d'établissements scolaires, animateur en catéchèse, il accompagne la vie sacramentelle, il prépare la liturgie, il s'occupe de son église comme de sa maison, il l'entretient, il la fleurit, il la chauffe quand il fait froid. Il prend en charge la gestion de sa paroisse : il additionne, il soustrait, il calcule. On lui demande, aussi, maintenant, de présider les funérailles. Dans ses nouvelles postures, il n'est pas toujours à l'aise, gêné comme dans un habit neuf qui ne sait pas encore fait à son corps. Il lui arrive de s'énerver, de s'emporter. Il a l'impression qu'on le pousse à agir d'une main, et qu'on le retient de l'autre. On lui reproche son immobilisme, son manque d'allant. Mais, on lui a tellement dit que ceux qui étaient dehors étaient tellement meilleurs que lui, on a tellement pensé à sa place, il a vu partir tant de ses amis qu'il en est resté comme paralysé. Lui, il n'a que sa fidélité à offrir. Il croise des esprits forts qui l'interpellent sur sa foi, moins pour l'écouter que pour le prendre en défaut. On lui dit qu'elle dépare dans le paysage humain, qu'elle freine la liberté, que la science et le progrès la feront disparaître. Il essaie d'argumenter, il s'embrouille, il sourit, il s'excuse... Comment expliquer la beauté de la lumière d'un soleil couchant ! Comment faire partager le parfum subtil d'une rose ! Alors, il se forme, il s'informe, il se plonge dans des livres qu'il croyait réservés aux clercs. Il découvre un Dieu qu'il connaissait mal. Quand un de ses anciens amis revient vers lui ou qu'un nouveau arrive, il est rempli de joie : il se sent réconforté dans ce qu'il croit. En accompagnant un des siens vers son dernier sommeil, il laisse couler les larmes sur ses joues, le chagrin lui fait courber la tête, parfois, il se révolte, mais il finit toujours par murmurer : " Je suis sûr qu'un jour on se reverra... ! " Certains s'étonnent, haussent les épaules. Décidément, il est bien difficile à comprendre.
Il marche pourtant au même pas que les autres hommes. Son cœur bat au même rythme que celui de la cité. On le regarde comme une brebis fragile et apeurée, trottinant derrière un troupeau bêlant. Il se souvient que le pasteur qui marche devant lui, lui a dit un jour définitivement : " Ne crains rien ! je serai avec toi jusqu'à la fin des temps. "
Michel COUDERC.
Article écrit par Michel COUDERC le 22-04-2008 (lu 27 fois) - 
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