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GETHSEMANI
La nuit était si dense qu'on distinguait à peine les troncs tourmentés des oliviers. Au centre d'une petite clairière, agenouillé, Jésus priait. Il parlait à son Père. Tout en s'entretenant avec lui, il revoyait les visages de ceux qu'il avait croisés : celui curieux de Zachée, celui sérieux du centurion, celui défait du jeune homme riche, celui étonné de la samaritaine, les visages attentifs du Sermon sur la Montagne et, ceux joyeux de l'entrée à Jérusalem. Mais, il y avait aussi, les visages haineux et méprisants des saducéens et des pharisiens. Dans une même offrande, il les confiait tous à son Père. Soudain, s'imposa le visage de Marie, au regard douloureux. Alors, une grande angoisse s'empara de Jésus, remplaçant la peur diffuse qui l'habitait depuis le début de la soirée. Il s'effondra, face contre terre. L'herbe but sa sueur glacée et ses larmes. Il resta longtemps prostré puis, lentement, il se releva. Il passa la main sur son front pour en sécher l'humidité : il s'aperçut avec effroi qu'elle était tachée de sang. Il supplia : " Père, écarte de mes lèvres cette coupe de souffrance...car tout t'es possible ". Un peu plus tard, s'étant ressaisi, il murmura : " Père, pardonne moi ce moment d'abandon . Je ferai ce que tu veux et non ce que je veux ". Il se mit debout. Parce qu'il avait besoin de compassion humaine, il se dirigea vers le lieu où il avait laissé les trois apôtres. Pierre, la tête renversée, respirait bruyamment, Jacques avait posé son front contre son épaule. Jean étendu sur le côté, dormait la tête appuyée sur son bras replié. Jésus doucement, toucha Pierre. Son sursaut réveilla les deux autres. Jésus leur reprocha avec tristesse : " Ne pouvez-vous donc pas rester éveillés ! Sans la force de l'Esprit, le corps est faible. Priez pour éviter de céder au mal et résister à la tentation. " Les apôtres, engourdis de fatigue, cherchèrent une position qui leur permettrait de lutter contre le sommeil.
A nouveau, à genoux dans la petite clairière, Jésus priait. La peur devenait une compagne familière qui se tenait auprès de lui. Il vit le bras transversal de la croix qui l'écartèlerait, comme pour embrasser le monde. Il vit aussi un agneau, tendant sa gorge blanche vers le couteau du sacrificateur. Peu à peu, l'amour qu'il avait pour les hommes chassait son angoisse. La mort qui approchait, ne devenait plus un sacrifice, mais le don consenti de sa vie, pour le salut de ses frères les hommes.
Il revint encore vers les apôtres. La lassitude les avait encore plongés dans le sommeil. Quand ils entendirent les pas de Jésus, ils se redressèrent un peu, mais ils ne trouvaient pas les paroles qui auraient pu lui apporter du réconfort. Il eut pitié de leur fatigue.
Une troisième fois, il pria dans la clairière. Tout à coup, sur sa droite, le long du sentier qui menait au Jardin des Oliviers, apparut une file de torches. Leur lumière vacillante éclairait la nuit. Des hommes s'interpellaient à haute voix. Jésus retourna auprès des apôtres. Il les éveilla et leur dit d'une voix un peu sévère : " Vous pouvez maintenant dormir et vous reposer. C'est l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pêcheurs. " Puis, il fit face à la troupe qui avait envahi la place. On voyait briller les cuirasses des soldats romains. Un homme, écarta un serviteur du grand prêtre. Il était de haute taille et avait un visage qui ne manquait pas de noblesse, mais son regard était fuyant. Il s'approcha de Jésus et l'entourant de ses bras, lui donna l'accolade. Jésus, immobile, ne lui rendit pas son étreinte mais dit : " Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme !".....
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 11-03-2008 (lu 33 fois) - 
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