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VOILA CE QUE J'AI VU
Lors du rassemblement à Lourdes, des Instituts de Vie Consacrée et de Laïcs, partageant la même spiritualité (23 octobre 2007), le Cardinal Ricard, a conclu une de ses homélies par ce propos troublant : " Ce qui nous guette, c'est la disparition de l'église... ". Boutade provocatrice ? Diagnostic réaliste ? Pour le chrétien de base, une telle analyse venant d'un haut prélat à de quoi faire frémir. Si, il est vrai, que l'église institution connaît de profonds bouleversements, ne faut-il pas pour autant croire à la pérennité de l'Eglise sacrement. La vérité, certes, ne doit pas être ménagée, mais il ne faut pas tuer l'espérance. Alors, parmi les zones d'ombre, j'ai essayé d'apercevoir des scintillements de lumière. Et voilà ce que j'ai vu...
Les hasards du calendrier m'avaient conduit à Lourdes, lors de l'ouverture du Rosaire, animé par des dominicains. J'ai vu de jeunes fils de Saint Dominique, plus nombreux que je ne l'aurais cru, arpenter allègrement, habit blanc, cape noire, l'esplanade. La belle prestance de la plupart d'entre eux montrait bien que ce n'était pas le dépit amoureux qui avait inspiré leur vocation. J'ai vu des hospitaliers, au sourire radieux, se pencher avec amour sur des corps torturés par le handicap ou la maladie. J'ai vu des foules qui s'avançaient en priant. Bien sûr, c'était Lourdes. Mais j'ai vu aussi des enfants et leur maman se presser avant une rencontre, autour de leurs catéchistes. J'ai vu des chrétiens laïcs accompagner de jeunes couples dans la préparation de leur mariage ou le baptême de leur enfant. J'ai vu des chrétiens pousser la porte d'une chambre d'hôpital ou d'une maison de retraite, se hâter vers une prison, se tenir debout à côté de sans-papier, de sans-refuge, de sans-amour. J'ai vu des têtes adultes, parfois grisonnantes, s'incliner pour laisser couler l'eau du baptême ou lever le front pour recevoir le saint Chrême de la confirmation. J'ai vu des mains de prêtre lever l'hostie, Soleil de la Résurrection. J'ai vu une fillette, répéter après sa maman, les mots du Je Vous Salue. J'ai vu des milliers de jeunes se mettre en marche pour de grands rassemblements. J'ai vu des délégués de chaque diocèse se retrouver pour Ecclésia (encore à Lourdes), et réfléchir " aînés dans la foi ", comment annoncer l'Evangile aujourd'hui. J'ai vu lors d'obsèques, des chrétiens, malgré la douleur de la séparation, chanter leur espérance dans une autre vie. J'ai vu des frères et sœurs dans la foi, marginalisés, méprisés, emprisonnés, assassinés, à cause de leur Amour du Christ. J'ai vu des équipages anonymes, les uns hissant les voiles, un autre tenant le gouvernail, un autre encore guettant l'horizon, mener au large le bateau fragile de leur paroisse. J'ai vu des saints et de pécheurs se donnant la main et, l'un tirant l'autre, comme l'écrivait Péguy monter ensemble vers Jésus. J'ai vu des bâtisseurs qui pierre après pierre, élevait le Temple du Royaume et, des semeurs, graine après graine, ensemencer le champ du Seigneur. J'ai vu des feuilles aux belles couleurs, s'envoler au vent d'automne, laissant les arbres hagards et nus et j'ai vu les bourgeons éclater leur verdure à un nouveau printemps. J'ai vu, par une nuit, épaisse et noire comme une flaque de goudron, une étoile tremblante et menue, qui se tenait au-dessus d'une étable où venait de naître un enfant ; Voilà tout ce que j'ai vu et je veux en témoigner.
Entre temps, le cardinal Ricard avait dû, lui aussi, voir des choses merveilleuses, car un mois plus tard, tirant le bilan de ses six ans à la Présidence de la Conférence des Evêques, il déclarait : " L'Eglise de France ne va pas si mal que ça... "
Article écrit par Michel COUDERC le 06-12-2007 (lu 61 fois) - 
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