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25/9/2007 - Foyer Saint Pierre
Présentation par le p.Jean-Claude Reichert, directeur du Service National de la Catéchèse
(Ces notes prises en cours de conférence n’engagent pas le conférencier)
Référence : Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France, et principes d’organisation, Cerf 2006, 11 €
UN PEU D'HISTOIRE
Ce document a été voté par les évêques de France en novembre 2005 au terme d’une réflexion commencée en 2001. Il n’a été publié qu’en novembre 2006, parce qu’il devait être validé par la congrégation romaine en charge de la catéchèse pour avoir valeur de référence. Le dernier texte national de ce genre remonte à 1979. Le monde, la société, la manière d’éduquer les enfants, de se comprendre, ont changé. A la fin des années 90, un premier essai d’élaboration d’un nouveau texte n’a pas abouti.
En 2001, avec le lancement d’une nouvelle réflexion, il y a eu un premier passage difficile à faire : spontanément, nous pensons que la catéchèse désigne (a) un âge, l’enfance, le « caté », (b) une institution, une organisation, (c) les personnes chargées de l’institution... mais pas immédiatement ce qui se joue en catéchèse. Ainsi des animateurs en aumônerie affirmaient : « Moi, je ne fais pas de la catéchèse ». Certains en étaient chargés, sous entendu que le reste de l’Eglise n’en était pas chargé. Le processus de réflexion pour renouveler la pratique de la catéchèse en France, a mis en évidence plusieurs défis :
(1) « Il y a de moins en moins d’enfants en catéchèse », parce que la catéchèse était comprise comme s’adressant à un âge... Mais en disant cela, on ne dit rien : « moins d’enfants » par rapport à quoi ? 30% aujourd’hui par rapport aux 90% en 1950. Certes oui, mais on est passé d’une société à une autre. En 1950, tous passaient par le catéchisme. Ne pas y être signifiait se marginaliser. Depuis, l’offre socio-éducative s’est étoffée, la culture de la décision personnelle s’est répandue, alors que dans les années 50, le catéchisme allait de soi comme lieu éducatif, que l’on en faisait parce que tous le faisaient. C’est autre chose de dire que 30% des familles acceptent ou choisissent de faire catéchiser leurs enfants aujourd’hui : aucune autre institution ne bénéficie d’un choix aussi massif.
(2) « Les enfants n’ont plus la foi ». Avant, la foi était présupposée, les familles et les enfants étaient familiers de cette foi, et le catéchisme avait pour but de donner un contenu à cette foi. On a changé de monde : la catéchèse est le lieu du premier contact avec la foi chrétienne. Propos de catéchistes aujourd’hui : « J’ai emmené les enfants à l’église. Il y en avait qui ne savaient même pas ce qu’est une église... Plus de la moitié ne savaient pas le Notre Père. » Réaction qui ne fait que révéler le présupposé erroné d’une foi préalable à la catéchèse. Il faut prendre acte de cette situation.
(3) On a pris conscience d’autres réalités, des germinations, jusqu’à présent ignorées, lorsqu’on parlait de catéchèse. Il y a en France 10.000 catéchumènes, 3.000 adultes baptisés par an en France. Des adultes qui frappent à la porte de l’Eglise, n’ayant pas participé à nos activités chrétiennes, à nos catéchèses... En moissonnant là où nous n’avons pas semé, on fait alors l’expérience que ce n’est pas nous qui donnons la foi, que c’est l’Esprit qui est à l’oeuvre, que des rencontres avec le Christ se font sans nous. Ce qui se passe en catéchèse n’est pas le résultat de ce que nous faisons. Il y aura toujours quelque chose à faire, mais ce serait fou de penser que c’est notre travail qui produit la foi ! L’Eglise accueille la foi que Dieu dépose au coeur des hommes, et son travail est de servir cette foi.
Il y a aussi 20.000 baptêmes d’enfant en âge scolaire, dans le cadre du caté, souvent des enfants qui réclament de leurs parents la possibilité d’aller en catéchèse. C’est un renversement par rapport aux années 50. Il y a plus de baptêmes d’adolescents que d’adultes. On a aussi de jeunes moines novices qui se découvrent non confirmés et reçoivent ce sacrement avant leurs premiers voeux.
Ce n’est pas la même chose de bien organiser l’institution du catéchisme avec le personnel qu’il faut dans une société où tous vont au caté, et d’être attentif à ce qui pousse à tout âge, en tous lieux, au fait que beaucoup de gens passent par autre part que nos organisations. Tout le paysage change. Le MEJ, il y a quatre ans, a revu son projet pédagogique en fonction de cela, via une introduction à la foi chrétienne pour des jeunes non passés par le catéchisme. On ne peut plus se contenter de changer de livre ou de parcours...
Comment renouveler cette catéchèse ?
Les évêques de la commission épiscopale chargée de ce dossier ont pris une décision qui a surpris et qui s’est révélée décisive. Au lieu de poser la question de la catéchèse aux seules personnes spécialisées dans le caté, ils l’ont posée à tout le peuple chrétien, avec la démarche : « Aller au coeur de la foi ». Au lieu de se pencher tout de suite sur des questions techniques catéchétiques, on s’est livré à un pèlerinage au coeur de la foi, à partir de l’itinéraire de la foi de la veillée pascale.
Pourquoi ?
Cela correspondait à un engagement pris par les évêques 10 ans plus tôt, et que l’on avait oublié. L’engagement pris dans la Lettre aux catholiques de France en 1996, dans sa première partie : (a) prendre acte que nous vivons dans une société qui ne tire plus ses références de la religion catholique, qu’une part très importante de la société a pris ses distances avec l’Eglise et la foi catholique, (b) refus de toute nostalgie d’une époque où le principe d’autorité s’imposait de façon indiscutable, d’une chrétienté ; (c) il ne nous faut pas pour autant cesser d’être l’Eglise envoyée par le Ressuscité, ayant vocation à porter l’Evangile au monde, dans notre société, surtout lorsque l’ordre du monde tant à devenir inhumain ; (d) nous ne pouvons pas dans la société actuelle porter l’Evangile très largement, si nous ne faisons pas l’effort de revenir constamment à nos propres sources et à nos propres racines.
On ne peut proposer la foi au monde, comme si nous la connaissions, et comme si le problème résidait chez ceux qui n’ont pas la foi, sans percevoir à nouveau pour nous mêmes la valeur de cette foi, sans accueillir pour nous-mêmes la nouveauté de l’Evangile. « Aller au coeur de la foi » avait cela pour but. Ce n’était pas une enquête, un sondage, un truc pour obtenir des recettes... Mais l’occasion de refaire l’itinéraire de foi que l’Eglise vit au fil de la veillée pascale. C’était le 3ème temps du raisonnement de la Lettre aux catholiques de France.
« Aller au coeur de la foi » nous a fait sortir de cette idée que la catéchèse, c’est faire quelque chose pour les autres. Un évêque avait dit qu’il nous faut abandonner « le souci de la catéchèse transformé en souci de trouver des catéchistes », une conception de la catéchèse comme quelque chose à faire pour ceux qui n’ont pas la foi. Il s’agit plutôt de se replonger nous-mêmes dans la foi que nous voulons proposer aux autres. De fait, certains qui étaient prêts à faire un cours de caté aux enfants, ont arrêté la catéchèse dès lors que cela les impliquait davantage, et impliquait davantage l’ensemble des croyants vivant de cette foi.
DEUX GRANDES LIGNES
1ère intuition : Il ne peut y avoir de catéchèse sans une communauté vivant de la foi, se nourrissant de la Parole de Dieu et des sacrements, se souciant de la place des petits, participant à la vie de la cité, vivant de l’amour de Dieu, du pardon... Cette communauté forme « un milieu nourricier où s’enracine l’expérience de la foi » (p.31). Quand cela est présent... une expérience est possible. Il ne s’agit pas seulement de dire que toute l’Eglise doit être impliquée dans la catéchèse. Il s’agit de dire que la catéchèse implique la mise en contact avec un terreau, et non pas seulement une activité spécialisée confiée à quelques uns... La raison en vient de loin : l’Eglise existe pour évangéliser, pour porter l’Evangile. (Paul VI) Et non, l’Eglise doit développer des actions d’évangélisation. En fait, si elle n’évangélise pas, elle n’existe plus. Toute personne dans l’Eglise, tout lieu, toute mission n’existe que par la vocation de l’Eglise : porter l’Evangile. L’Eglise, par toute sa vie porte l’Evangile, et pas seulement dans les activités dites d’ « annonce de la foi ». En célébrant les sacrements... en vivant évangéliquement... en portant son attention aux petits... Quand on voit l’Eglise faire attention aux petits, on voit l’Eglise porter l’Evangile. Le texte d’orientation ne fait que dire la vocation de toute l’Eglise, chacun ayant sa manière à porter l’Evangile. En liturgie, on n’explique pas, on ne fait pas de leçon, on se laisse porter ailleurs... En catéchèse, on explique, on parle.
Dans la suite d’« Aller au coeur de la foi », il s’agit d’un encouragement non pas à organiser l’entreprise catéchèse, mais à sensibiliser progressivement les communautés chrétiennes à leur vie profonde.
2ème intuition : Pour caractériser maintenant le travail de la catéchèse, nous faisons le choix de la pédagogie d’initiation. Kézako ? Il y a autant de définitions du mot initiation ! Dans la « pédagogie d’initiation » en catéchèse, celui qui initie, c’est le Christ, ce n’est pas nous. Notre tâche est de réunir toutes les conditions pour que cela soit possible, à l’instar de ce qui se passe en catéchuménat. Pour aujourd’hui, nous devons reprendre conscience que le 1er sujet actif, c’est le Christ lui-même au coeur des hommes.
Nous venons d’une période où nous pensions la catéchèse à partir de l’institution : que faut-il que je leur apprenne ? que dois-je leur dire ? On commençait à se fixer à nous-mêmes un objectif pédagogique, partant de nous, puis on se donnait les moyens pour que cela soit reçu. Le travail consistant à trouver les moyens pour que le message soit reçu. Ce modèle ne fonctionne plus. Un professeur des écoles ne peut plus fonctionner comme cela.
La catéchèse vise à la rencontre avec le Christ qui lui-même travaille au coeur des hommes, en imaginant des itinéraires au fil desquels ils pourront rencontrer cette initiative du Christ. Avoir constamment le souci que chez eux, là-bas, il se passe quelque chose, une aventure spirituelle, un cheminement dont nous ne pouvons être propriétaires. Cela ne signifie pas pour autant « laisser faire ». Mais proposer des itinéraires...
QUATRE COMPOSANTES DE L'OFFRE CATECHETIQUE
Ces deux intuitions, les évêques souhaitent les faire vivre dans 4 types d’offres, qui doivent donc s’enraciner dans le milieu nourricier d’une communauté chrétienne, en mettant en oeuvre une pédagogie d’initiation :
(a) Des itinéraires de type catéchuménal qui conduisent aux sacrements.
(b) Des temps intergénérationnels ou communautaires dans le cadre du rassemblement dominical au fil de l'année liturgique.
(c) Un appel à développer une 1ère annonce dans les lieux et regroupements de vie comme la famille, l'enseignement catholique, les mouvements et aumôneries.
(d) Une organisation qui permet aux personnes d'entrer dans une proposition de catéchèse ordonnée à toute étape de la vie.
(a) A chaque proposition de sacrement, nous proposerons un itinéraire de type catéchuménal, suffisamment long pour la maturation, rythmés par des rendez-vous réguliers, liturgiques, avec la communauté chrétienne. C’est une proposition pour des groupes précis, par exemple les primo communiants, et cela exige une organisation.
(b) Des temps de proposition catéchétique, dans le cadre du dimanche, pour que les chrétiens se réunissent non pas seulement pour l’Eucharistie, mais pour une proposition catéchétique inter-générationnelle. Catéchumènes et fidèles habituels, fiancés et familles, enfants et adultes... Une proposition où se vive le partage autour de la Parole de Dieu entre gens différents. Par exemple, il y aura des personnes prêtes à s’investir dans la préparation de 5 dimanches dans l’année, et qui auraient refusé d’être catéchistes.
(c) Dans les lieux de vie, les familles, les établissements catholiques d’enseignement, les aumôneries, les mouvements... qui sont des lieux qui existent déjà avec leurs projets, leurs raisons d’être... et non pour une proposition catéchétique, les responsables seront appelés à s’exposer comme croyant, dans une « première annonce » en prenant ainsi part à la responsabilité catéchétique, chaque fois que l’occasion se présente. Par exemple, dans un mouvement d’Action Catholique, accepter dans la vie du mouvement, ces moments non prévisibles à l’avance, où il ne s’agit pas seulement de vivre l’implicite de l’Evangile, mais à oser se présenter comme croyant. Ou dans un établissement catholique d’enseignement, être ce que l’on est, mais en acceptant d’intégrer dans la vie de l’établissement des temps où le moment venu, on puisse s’exposer comme croyant, où les élèves puissent entendre alors ce qui fait vivre un croyant. Idem dans les familles, y compris quand elles sont blessées, en vivant ce que l’on a à vivre. Une proposition que l’on ne peut programmer.
(d) Le souhait qu’existe une proposition de catéchèse ordonnée pour chaque étape de la vie, qui aide chacun à vivre un cheminement dans la foi. Pour des personnes partant à la retraite désireuse de réapprofondir leur foi, pour des parents qui préparent le baptême de leur enfant etc... Ce ne sont pas les mêmes propositions.
CONCRETEMENT
Lorsque des enfants « arrêtent le caté », le fait qu’il y ait un panel de propositions, ce n’est pas forcément un motif de déception si la catéchèse n’est pas seulement le fait d’un parcours de groupe au « caté », commençant en A et devant s’achever en B sans interruption, mais se réalise aussi dans l’équipe de louveteaux ou d’ACE, dans son école, en famille ou en lien avec la communauté chrétienne...
Pour un enfant de CM1 qui suit l’année de CM1 du parcours, avec un moment prévu pour préparer la première communion, on peut continuer comme avant, mais à la 1ère réunion des parents, peut être proposé un itinéraire conduisant l’enfant à la 1ère communion, en précisant que dans l’année, il y aura 4 ou 5 dimanches avec la communauté chrétienne avec laquelle sera vécue une étape vers le sacrement, avec un itinéraire de type catéchuménal. Cela recueille un accord des parents et de la communauté chrétienne à condition que cela soit présenté clairement, dès le départ. Le jour de la première communion, toute la paroisse est ainsi présente, au lieu de « laisser la place aux enfants ».
Il s’agit de rejoindre chacun dans son cheminement, ou plutôt son histoire. Mais la proposition de catéchèse doit provoquer ce cheminement. Il ne s’agit pas de penser que ce cheminement soit déjà là, et qu’il suffirait de l’accompagner. Le cheminement est un processus de transformation qui s’opère en la personne par le contact avec la Parole de Dieu, la liturgie, une figure de l’histoire chrétienne, un événement d’Eglise, une rencontre avec un témoin. Ce cheminement n’appartient à personne, mais il nous appartient de proposer ce qui permettra ce cheminement. La proposition de catéchèse doit être un itinéraire à parcourir, avec des étapes, un but. On ne peut se contenter de proximité respectueuse. Il n’y a catéchèse que si l’on introduit quelqu’un à une rencontre, avec un contact, quelque chose qui fasse choc. De même qu’il n’y a cheminement que s’il y a voyage, impliquant une démarche où il faut emmener des personnes sur un itinéraire.
Pour la première communion, les personnes sont déjà porteuses d’une histoire, et ne doivent pas être enfermées dans un cadre préétabli. Mais pour qu’il y ait cheminement, il faut qu’on les emmène via des étapes liturgiques, catéchuménales, un processus de transformation au fil d’une proposition organisée, comme pour un parcours de randonnée bien balisé, avec une proposition d’itinéraire : sinon, on se demande où on va, où on est. Celui qui propose l’itinéraire ne sait pas comment le randonneur va le vivre, mais il doit proposer un itinéraire pour qu’une expérience puisse se faire.
Pour des personnes ayant vécu un divorce, une séparation, ou un remariage, et qui ne se sentent plus à leur place dans l’Eglise, le texte d’orientation pour la catéchèse a suscité un débat nourri parmi les évêques -, en invitant à regarder les personnes non pas à partir de nos propres critères, mais en portant un regard de foi sur les personnes que nous accueillons. S’ils viennent, c’est qu’ils sont déjà porteurs de quelque chose qui s’est déjà passé en eux, même si leur demande semble décalée et pousse à mettre des critères préalables. Pour emmener quelqu’un dans un itinéraire et veiller sur la possibilité pour lui de cheminer, cela commence par le regard de foi sur lui, par l’accueil inconditionnel de ce que Dieu a déjà commencé en lui, sans ignorer les décalages, sans tout bénir (au contraire d’une initiative à l’égard des fiancés leur imposant qu’ils se confessent une fois par mois et aillent chaque dimanche à la messe). Mais une fois cet accueil fait, il y a une proposition organisée à faire, avec un itinéraire de conversion à vivre.
Les 4 types propositions ne sont pas à considérer comme des « techniques », mais doivent être intimement liées à la vie ecclésiale et mettre en oeuvre une pédagogie de l’initiation. La catéchèse du dimanche ne risque pas d’être considérée comme une technique si l’on ne déconnecte pas la catéchèse de la célébration du dimanche. Ce temps de catéchèse doit intégrer les personnes de la paroisse, sinon, on reste sur deux territoires séparés. Pour un itinéraire de type catéchuménal, les 4 ou 5 rendez-vous avec la communauté chrétienne doivent être prévus dans le calendrier paroissial. Il faut que toute la communauté chrétienne ait conscience qu’il se passe quelque chose d’important pour elle. Dans les lieux de vie, la proposition de 1ère annonce a besoin d’être attestée par la qualité de relation qui s’atteste en ces lieux, avec donc un lien nécessaire avec l’environnement dans lequel elle s’inscrit.
Quid d’une première annonce auprès de personnes en difficulté ? Le service national a constitué un groupe de travail avec des responsables divers sur le contact avec les personnes en difficulté. Isabelle Le Bourgeois, religieuse auxiliatrice, aumônier à Fleury-Merogis a donné un exemple dans le contexte de ce lieu de vie qu’est la prison : comme aumônier, elle a administrativement la possibilité de visiter les détenus dans leur cellule, en veillant à honorer tous ces rendez-vous, avec quelque chose à tenir absolument, cette promesse que sa venue viendra. Elle essaie d’être toujours habillée de la même manière, pour qu’il y ait comme une permanence de sa personne entre deux visites. Visitant un détenu en grande culpabilité, elle passait du temps à essayer de lui renvoyer une autre image de lui-même. Un jour, elle a pu lui dire : « Quand je te parle comme je te parle, c’est de Dieu dont je te parle ». C’est une parole explicite, parlant de sa foi qui la lie à Dieu, mais insérée dans une qualité de relation préalable. Il vaut mieux se taire si cette parole n’est pas audible, si aucune vraie relation n’est présente. La première annonce dans un lieu de vie ne saurait être une « technique ».
« On ne peut pas tout faire. » Oui, il faut accepter de ne pas pouvoir tout faire. Mais attention à ne pas verser trop vite dans le sens quiétiste de « ne plus rien faire, puisque c’est Dieu qui fait tout ». Il vaut mieux parler de faire tout ce qu’on doit faire, d’aller au bout de tout ce qu’on à faire, et de se considérer comme un « serviteur quelconque ». Lorsque j’aurai tout fait de ce que j’ai à faire, par exemple dans l’organisation des 5 dimanches catéchétiques, se dire qu’on est un serviteur quelconque, mais nécessaire malgré tout !
On ne dit pas assez tout ce que la catéchèse doit - plus que ce dont on a conscience - à l’implication des femmes. Mais il y a aussi des femmes qui ne sont pas maman, des hommes qui ne sont pas papa. C’est toute la communauté chrétienne qui doit être impliquée dans la catéchèse. Prêtres y compris. Dans les années passées, beaucoup de prêtres déléguaient la catéchèse aux mamans, « qui comprennent mieux les enfants ». Aujourd’hui, la catéchèse doit impliquer davantage toute la communauté chrétienne, et pas seulement les mamans.
CARREFOURS PAR TYPES DE PROPOSITIONS
(1) Des itinéraires de type catéchuménal qui conduisent aux sacrements.
Comment faire cheminer la famille en même temps que l’enfant en demande de sacrement ? Par une catéchèse familiale ? Avec des regroupements enfants-parents ?
Peut-on placer la 1ère communion plus tôt dans l’année pour avoir un suivi après ?
Favoriser les temps forts permettant de mobiliser, un lieu déterminé de rencontre.
Une démarche catéchuménale se fait dans la durée ; n’est-ce pas une exigence démesurée dans un monde où tout va très vite ?
Dans la démarche catéchuménale pour la 1ère communion, peut-on la séparer du parcours de caté régulier ?
La préparation à la 1ère communion fait partie du caté régulier, de même que dans le catéchuménat, il n’y a pas un parcours spécifique distinct de la démarche.
Lorsqu’un enfant demande la 1ère communion, c’est lui qui demande. Il est seulement demandé qu’il ne vive pas cette démarche seul, mais en lien avec la communauté. La famille y participe, mais en second. C’est le but des étapes vécues en communauté d’associer d’autres à cette démarche.
Un itinéraire veut laisser du temps aux personnes, non pour faire attendre. On ne voit pas de situation où la durée de préparation pose problème, à condition que celle-ci serve à la dém arche catéchuménale. Cf. Des itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements, Bayard, 2007, SNC sous la direction de Jean-Claude Reichert
(2) Des temps intergénérationnels ou communautaires dans le cadre du rassemblement dominical au fil de l'année liturgique.
En certaines paroisses sont proposées des journées trimestrielles par doyenné, la découverte d’un saint pour rassembler en inter-générations, des matinées dominicales à thème avec un enseignement, des sessions ‘alpha’, des messes de rentrée pour accueillir, la catéchèse avec les parents qui se retrouvent dans les différents relais, y célébrant avec la communauté, tous les autres enfants, avec l’Eucharistie pour point culminant, puis une relecture de la célébration. La catéchèse, pas seulement un savoir, mais une rencontre avec le Christ.
On n’implique pas assez les parents : on le fera dès le début d’année, avec un parcours pour eux. Aux 5 messes prévues du dimanche, on prévoit d’inviter les parents ½ heure avant pour échanger avec parents et enfants sur l’Evangile. Sur un dimanche de l’Avent, le thème de l’Annonciation est traité à la messe plutôt qu’en équipe de caté.
Les messes qui marquent le plus sont celles qui suivent un temps de réflexion ou de récollection. Doit-on faire cette réflexion avec toutes les générations ou en carrefours distincts ?
Ce sera long à mettre en place de tels dimanches catéchétiques, en commençant par le conseil pastoral. La plupart des fidèles s’en vont dès la messe terminée.
Un point est à souligner : une initiative de ce type doit s’inscrire dans le projet pastoral du lieu, impliquant tout le conseil pastoral paroissial et non pas seulement quelques catéchistes. Cf. Des temps de catéchèse pour l’année liturgique, Bayard, 2007, CNC.
(3) Un appel à développer une 1ère annonce dans les lieux et regroupements de vie comme la famille, l'enseignement catholique, les mouvements et aumôneries.
L’importance de la cohérence entre lieux de vie, de la rencontre de personne à personne, et pas seulement fonctionnelle, de l’amour. Que signifie « porter l’Evangile » ?
La première annonce... pourquoi des gens viennent-ils à nous ? L’attitude de foi importe, comme le temps pris à rencontrer gratuitement les personnes, à cultiver relation, lien, respect, écoute... et cela est fragile. Accepter toutes les personnes... par exemple, le Scoutisme de France ou l’Aumônerie de l’Enseignement Public, ouvert à tous les enfants ou jeunes qui veulent y entrer. Comment peut-il en être de même pour les parents ?
Les lieux de vie, organisés par services, mouvements, associations etc... mais aussi de manière spontanée (quartier, sport, bistrot...). Il importe d’être vrai. Ce n’est pas une tactique que d’être porteur d’une bonne nouvelle.
Sur la première annonce, la question « que faire pour que les lieux de vie deviennent un lieu de première annonce ? » soit plutôt « Que faire pour que dans les lieux de vie soit possible une première annonce ? » A la JOC, il s’agit non pas seulement de développer la vie du mouvement, d’organiser les équipes etc... mais de permettre que soit partagée la foi entre responsables, éducateurs... pour que le moment venu puisse être osé une annonce. Cela ne va pas de soi. La 1ère annonce est un risque, celui de s’exposer, en disant ce qui nous fait tenir notre vie de croyant, de donner de soi à l’autre. Cela n’est pas facile, y compris pour un prêtre. Il faut des lieux pour s’y préparer.
Avec les responsables de l’enseignement catholique, on a aussi compris que l’on n’a pas à sous-traiter la première annonce à des spécialistes de la première annonce.
Porter l’Evangile... Paul VI dans Evangelii Nuntiandi (1964), considérait qu’évangéliser consiste à porter l’Evangile dans tous les milieux de la société, pour que par son impact, ils en soient profondément transformés. Non pas à quelqu’un mais à un milieu pour qu’il y soit, et que ce soit l’Evangile lui-même qui transforme le milieu. Cela nécessite qu’existe des hommes qui vivent de l’Evangile. Il ne s’agit donc pas d’un produit que l’on veut vendre. Porter l’Evangile est inséparable de l’homme qui le porte.
(4) Une organisation qui permet aux personnes d'entrer dans une proposition de catéchèse ordonnée à toute étape de la vie.
On reste lié à la manière familière de voir la catéchèse. L’intergénérationnel est déjà pratiqué, il y a des choses qui existent... en mouvements, services, aumônerie... même si cela doit être élargi. Est-ce que l’on supprime quelque chose pour le remplacer, ou ne vaut-il pas mieux continuer ce qui existe... et apporter de nouvelles propositions ?
A toute étape de la vie... Peut-on repenser en ce sens la proposition des sacrements, du baptême entre 2 et 7 ans, ou de la confirmation ?
Il ne s’agit pas ici de faire de l’inter-générationnel, c’est plus l’objet des dimanches catéchétiques, mais de faire de l’intra générationnel, le fait qu’à toute étape de la vie, on puisse faire un itinéraire de foi. Le texte est très complexe, car il ouvre plein de portes en même temps.
Un module, est une proposition d’itinéraire composé de plusieurs étapes rendant possible le cheminement des personnes et se déployant sur 2 à 6 rencontres selon l’étape de la vie. C’est une proposition catéchétique qui se tient, avec un peu de durée, pour laisser du temps aux personnes. On y traite non pas un sujet pour l’année, mais pour permettre à quelqu’un de partager la vie chrétienne sur un sujet, parmi une banque de sujets. Par exemple, via une quinzaine de modules différents (en cours d’élaboration) que l’on pourra choisir à la demande, différent d’un programme qui est un parcours linéaire balisé.
Dans une organisation par étapes de la vie, un groupe d’enfant correspond à une étape de la vie, mais au lieu du parcours linéaire CE2, CM1, CM2, où il ne faut avoir manqué aucune des étapes, on peut penser à des groupes d’enfants de 8-10 ans, avec une succession de modules à vivre. Avantage : on peut proposer les mêmes modules à des 8-10 ans, partageant la même étape de la vie, ou par niveau scolaire. C’est le cas en diocèse rural.
Est-ce qu’on peut envisager une démarche catéchuménale à tous les âges ? Il y a une « démarche catéchuménale » proposée à des non-baptisés qui demandent le baptême. Pour des 7-8 ans qui demandent le baptême, on peut parler de démarche catéchuménale. On parle plutôt de « démarche de type catéchuménal » lorsque l’on a des baptisés, par exemple des enfants baptisés qui demandent la première communion. Rien n’empêche d’imaginer que l’on puisse faire une même proposition de type catéchuménal à des adolescents et des adultes.
CONCLUSION
Il y a une responsabilité catéchétique de l’Eglise (à laquelle prend part l’AEP, le scoutisme etc...) ECCLESIA 2007 s’intitule « congrès de la responsabilité catéchétique », et non ‘congrès des catéchistes’. Ce sera un lieu de rassemblement de responsables tous azimuts. 6.200 congressistes, très divers. Un espace ecclésial. Ce congrès proposera en même temps de vivre une démarche nourrissante pour chacun, mais aussi un espace de partage, avec quelques 250 exemples de pratiques concrètes, avec autant de discussions. En espérant que cela stimulera la réflexion des diocèses.
Article écrit par RB le 31-10-2007 (lu 79 fois) - 
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