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Dieu s'ennuyait...
Dieu s'ennuyait...Seul dans son éternité, Lui, qui était pétri d'amour, souffrait de ne pas être aimé et, surtout, de n'avoir personne à aimer. Les mains dans le dos, il errait dans l'immensité en réfléchissant intensément. Quand sa décision fut prise, il éprouva une poussée de joie. Il porta sa main à son visage, l'ouvrit. Dans le creux de la paume se nichait une petite sphère. (pour l'entendement humain, on va dire qu'elle n'était pas plus grosse qu'une tête d'épingle, mais en fait seuls les yeux de Dieu pouvaient la voir). Il souffla délicatement ; la petite boule s'envola, décrivit une courbe gracieuse et explosa dans un fracas effrayant pour tout autre que Dieu. Autour de lui, flottaient, comme une nuée de grains de poussière dorée, tous les éléments de la future création. Vite, il parsema d'étoiles ce qui allait devenir la voûte des cieux. Il plaça et équilibra entre eux les astres et les planètes. Parmi celles-ci, il choisit celle où il comptait faire naître l'humanité. Il modela les montagnes, combla d'eau les abîmes, traça du doigt les contours des fleuves. Il imagina le vivant et l'inerte. Il mit côte à côte, le beau et le hideux, l'immense et le petit, l'inoffensif et le vénéneux, le doux et le féroce. Il sélectionna, avec soin, le chant de chaque oiseau, l'odeur de chaque fleur, la robe de chaque fauve, la dureté de chaque roche. Il songeait déjà qu'il faudrait à l'homme, plus tard, beaucoup d'intelligence et d'effort pour comprendre le puzzle biologique de chaque espèce. Il travailla ainsi assidûment pendant six jours. Le septième, appuyé confortablement contre un coussin de nuages, il prit du repos. Il vit que " tout ce qu'il avait fait était bon ". Pourtant, il se demandait s'il était juste de mettre l'homme dans un milieu qui lui serait en partie hostile. Alors, il étendit la main droite . Aussitôt, le lion rentra ses griffes, la lave resta au fond du cratère, la feuille de l'ortie s'adoucit. Ainsi, tout ce qui était violent, en chaque espèce , se trouva comme endormi...
Dieu, cependant faisait l'apprentissage de l'amour...L'homme pourrait-il l'aimer en vérité s'il était comblé de tant d'abondance et de félicité ? Quelle reconnaissance devrait-il à Dieu puisqu'il ne connaîtrait ni la souffrance, ni le dénuement ? Dieu découvrait ainsi que l'amour était fait de choix et de renoncement. On ne pouvait aimer qu'en préférant.
Il scruta la surface de la terre. Son regard s'arrêta sur un arbre semblable à des milliers d'autres arbres. Il avait le même feuillage dense, les mêmes branches vigoureuses, les mêmes fruits colorés et pulpeux : Dieu décida que cet arbre serait sien. Nul ne pourrait cueillir son fruit sans sa permission...
Il s'approcha du rivage d'un fleuve, ramassa un peu de limon, et il commença à façonner le premier homme...
MICHEL COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 10-07-2007 (lu 78 fois) - 
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