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INCONNU DES HOMMES MAIS PAS DE DIEU
Au cimetière américain de Colleville en Normandie, reposent des milliers de jeunes soldats, morts, lors du débarquement du 6 juin 1944. En voyant les nombreuses croix blanches alignées comme pour une parade militaire, en marchant sur le velours tendre de la pelouse recouvrant les sépultures, on pense qu'un peuple capable d'avoir un si grand respect pour ses morts, ne peut être, malgré les errements passagers de ses dirigeants, qu'un grand peuple. En lisant, au hasard, les noms, l'origine des cinquante états dont ils sont issus, on a le sentiment de leur redonner un instant la vie. Puis, soudain se trouve une croix où il n'y a pas de nom, mais cette belle inscription : " Inconnu des hommes mais pas de Dieu ". Ainsi la guerre, après avoir pris la vie au jeune soldat qui dort là, lui a pris aussi son identité, le renvoyant anonyme dans l 'éternité. Alors ce peuple, religieux, ne se résout pas à abandonner son enfant au néant mais lui assure que Dieu, lui, le connaît par son nom et le gardera dans sa mémoire.
Le pas lourd, ils marchaient sur la route d'Emmaüs, accablés de chagrin. Même si le rapprochement est hasardeux, les disciples, morts à l'espérance, étaient, comme le jeune soldat américain, devenus des inconnus pour eux-mêmes. Avec l'agonie de Jésus sur la croix, tout sur quoi ils avaient engagé leur vie, se trouvait anéanti. Ils allaient vers le vide, et même l'inconnu qui les rejoignit sur leur chemin ne leur apporta, dans l'instant, aucun réconfort, car il ne semblait pas être au fait des évènements...
Notre mort inéluctable paraît faire de nous, le temps et les générations passant, des inconnus. Seuls, ceux qui ont su laisser une trace dans l'Histoire, les Inventions, les Arts ou les Lettres peuvent avoir l'illusion " de revivre épisodiquement ", quand on lit leurs noms sur la plaque d'une rue ou d'une place, quand on évoque leurs œuvres. Mais tous, nous sommes appelés, apparemment, à sombrer dans l'oubli.
Quand Jésus rompt le pain lors du souper, les disciples le reconnaissent. En se révélant à eux, il les révèle à eux-mêmes. Ils ne sont plus des inconnus parce qu'ils ont retrouvé l'espérance qui leur ouvre cette vie dont Jésus leur avait tant parlé. L'inscription sur la tombe du jeune soldat américain est aussi une parole d'espérance : " Si tu sombres dans la mémoire des hommes, tu ne sombreras jamais dans la mémoire éternelle de Dieu ". Au moment de l'ultime rencontre, parce que Dieu nous appellera par notre nom, nous ne serons plus des inconnus.
MICHEL COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 11-06-2007 (lu 92 fois) - 
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