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ILS SAVAIENT....
Ils savaient. Quand ils se penchaient vers les flammes, leurs visages sortaient de l'ombre. Les chefs de famille avaient égorgé l'agneau, ils l'avaient préparé et découpé en quartiers. Ils les avaient saupoudrés d'herbes amères que les femmes avaient écrasées au pilon. Maintenant, chacun se penchait vers le feu pour faire rôtir le morceau d'agneau, embroché sur une tige de bois. La viande était âpre au palais et dure sous la dent. Mais ils la mangeaient sans réticence. Les bagages, enveloppés de toile, étaient entassés dans les maisons, les animaux de bât, harnachés dans l'arrière-cour. Le sang de l'agneau dont ils avaient badigeonné le chambranle des portes avait séché et pris une teinte brune. Les hommes se tenaient debout, la main haute sur le bâton de marche. Ils avaient déjà noué autour de leurs chevilles les lacets de leurs sandales et entouré leur taille d'une ceinture de cuir ou de corde : ils y passeraient le pan de leur habit pour marcher plus aisément. Les femmes avaient posé leur manteau sur les enfants pour les protéger du froid. Tous, ils savaient... Demain, à l'aube, ils quitteraient ce pays d'esclavage qu'avaient connu avant eux, leur père et les pères de leur père. Sous la conduite de Moïse, l'envoyé de Yahvé, ils partiraient pour un long voyage de quarante ans. Désormais, ils fêteraient la Pâque pour rappeler ce jour béni...
Eux, ils ne savaient plus. Ils restaient, prostrés, dans la pièce principale de la maison qu'ils louaient discrètement. Certains remâchaient leur rancœur pensant déjà à retourner à leur barque ou à leur petit commerce. D'autres essayaient de comprendre en se remémorant les paroles de Jésus. Quoiqu'il en soit, on allait bien rire d'eux. Comment celui qui se prétendait le Messie, le Fils de Dieu avait pu ainsi mourir misérablement sur une croix, comme le dernier des voleurs ? Depuis que Jean et Marie leur avaient annoncé la fin tragique du Maître, ils ne savaient plus... Et le visage de Marie, malgré la tristesse, empreint de sérénité, ne parvenait pas à leur donner la paix...
Nous, maintenant, nous savons. Depuis deux mille ans, nous a été transmis le trésor de notre foi : " Le Christ est Ressuscité ! " Certes, aujourd'hui, nous ne sommes pas bouleversés comme les femmes devant le tombeau vide ou les disciples d'Emmaüs se hâtant vers Jérusalem. Mais, nous célébrons Pâques, avec une certaine gravité. Le croyant du fin fond de son humanité, sent bien que la résurrection du Christ annonce sa propre résurrection et le conduit vers l'éternité. Nous savons. Mais il y en a qui ne savent pas ou ne savent plus. L'indifférence, le doute, les échecs, les chagrins, le chancre du mal et de la misère ont tissé devant leurs yeux un voile épais les empêchant de contempler le soleil de Pâques. Pourtant, pour tous, pour ceux qui savent ou ceux qui ne savent plus, Il continue à briller...
Michel COUDERC
Article écrit par Michel COUDERC le 15-04-2007 (lu 81 fois) - 
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